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Source : Quatrième Internationale, n°11-12-12, Sept.-Nov. 1944. |
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IV° Internationale
La Révolution Prolétarienne allemande et la Classe Ouvrière mondiale
5 décembre 1944
La tâche des Partis Communistes, et en premier lieu ceux des pays victorieux, est de rendre clair aux masses que l’œuvre de paix de Versailles rejette toutes les charges sur les épaules du prolétariat, aussi bien dans les pays victorieux que dans les pays vaincus, et que les prolétaires de tous les pays sont les véritables victimes.
Sur cette base, les Partis Communistes, avant tout ceux d'Allemagne et de France, doivent mener une lutte commune contre le Traité de Versailles.
Le Parti Communiste français doit lutter de toutes ses forces contre les tendances impérialistes de sa propre bourgeoisie, contre l'occupation du bassin de le Ruhr, contre le morcellement de l'Allemagne, contre l'impérialisme français. Il ne suffit plus aujourd'hui de combattre en France la soit-disant défense de la patrie : il faut lutter pas à pas contre le Traité de Versailles.
(Thèses du IV° Congrès de l'Internationale Communiste)
Battu sur tous les fronts, l’impérialisme allemand a perdu une à une ses conquêtes de la première période de la guerre : l’Allemagne elle-même n'en plus qu'une "forteresse" assiégée de toute part. Comment expliquer le fait qu'une chaîne interrompue de défaites – qui se succèdent depuis deux ans – n’ait pas produit encore un ébranlement décisif en Allemagne et n’ait pas a réussi à briser les cadres de la dictature fasciste ? Et encore : comment se fait-il que la résistance de l’armée allemande reste acharnée et désespérée alors que sur le plan militaire la défaite apparaît inévitable ?
Pour répondre à ces questions il faut tout d’abord comprendre le rôle de deux facteurs essentiels :
Le poids du régime fasciste ;
La politique pratiquée envers l'Allemagne.
L’armature de fer du fascisme s’est érigée en Allemagne sur la base de la défaite la plus catastrophique qu’ait connue le prolétariat dans sa lutte contre le capitalisme. La dictature des bandes fascistes, appuyée sur une immense masse de déclassés, sur de larges couches de la petite bourgeoisie paupérisée et tournée contre la classe ouvrière, – à cause de la couardise, l’incapacité et l’impuissance des réformistes et des staliniens de former le pôle d’attraction révolutionnaire, – est passé comme un char sur l’épine dorsale de la classe ouvrière européenne et le prolétariat allemand, l’a atomisé, a détruit ses organisations et annihilé ses conquêtes de plusieurs décades de lutte. Quel écho peuvent avoir en Allemagne les chefs émigrés, – démocrates, catholiques, réformistes, prostitués devant l’impérialisme mondial – les bureaucrates aux ordres du Kremlin et les junkers repentis à la Paulus du Comté dit de l'Allemagne libre ? Sans doute, aucun.
Pour briser la dalle fasciste, pour arracher la camisole de force du nazisme, le peuple allemand doit trouver dans le prolétariat mondial l’appui le plus sûr et le plus efficace : chaque pas que fait la révolution prolétarienne en Europe et dans le monde est autant de leviers qui aident au regroupement révolutionnaire en Allemagne et au renversement du fascisme. Les charlatans radicaux, les bureaucrates banqueroutiers, comme les valets de plume de impérialisme, qui s’emploient partout à lutter contre la révolution prolétarienne (en Italie comme en Belgique, en Grèce, en France comme dans toute l’Europe), déclarent que le prolétariat allemand est "nazifié" jusqu’à la moelle. Ce mensonge, – qui est le même que celui du menteur en chef de la propagande allemande, Goebbels, et qui aide les nazis à commettre tous leurs crimes au nom soi-disant du « peuple allemand tout entier » , – aide les impérialistes à préparer la mise en esclavage du peuple allemand, à forger un super-Versailles plus monstrueux que le précédent et facilite l’écrasement de la révolution, aujourd’hui, sous le prétexte qu’on "affaiblit" la lutte contre Hitler, et demain, que le peuple allemand est pestiféré et qu'il faut bien le soumettre pour mieux le "désintoxiquer".
Pour renverser Hitler, pour abattre le fauteur du fascisme qu'est le régime capitaliste, il faut tendre une main fraternelle au prolétariat allemand : où Hitler et ses bandes fascistes ont semé partout la terreur et la haine, les ruines et les massacres. Mais il ne faut pas oublier que c’est tout d’abord contre le peuple allemand que Hitler et les nazis se sont fait la main pour terroriser les peuples de l’Europe. Pour briser le cercle de fer qui enserre le peuple allemand, pour lui ouvrir la perspective de la lutte révolutionnaire, il faut briser la haine qu’alimentent contre lui les agents de l’impérialisme mondial et il faut démasquer leur rôle d’auxiliaires de M. Goebbels.
Les impérialistes ne veulent pas aider le peuple allemand à briser ses chaînes : ils s’apprêtent, au contraire, à remplacer la dictature de Hitler purement et simplement par la mise en esclavage de l’Allemagne, soi-disant parce qu'elle a “soutenu” Hitler ! Le prolétariat allemand est le facteur déterminant du sort de la révolution prolétarienne européenne et mondiale : son écrasement, en 1933, a eu des conséquences incalculables pour le sort du prolétariat mondial dans son ensemble. La révolution allemande aura, à son tour, demain des conséquences immenses : de sa victoire ou de sa défaite dépend le sort de l’humanité.
Et voilà pourquoi les impérialistes, comme les traîtres réformistes et staliniens, qui ne veulent pas de révolution prolétarienne, s’apprêtent à forger de nouvelles chaînes pour le prolétariat allemand, ne savent plus comment pulvériser l’Allemagne, détruire cette masse ouvrière existant au cœur de l’Europe et empêcher la révolution qui suivra l’effondrement de Hitler. La seule solution que peuvent mettre en avant ceux qui veulent conserver et maintenir le capitalisme agonisant, c’est un nouveau super-Versailles, qui contiendra en germe une nouvelle guerre impérialiste.
Les impérialistes américains ont avancé deux projets : le projet Morgenthau, celui de la grande banque américaine, qui est pour la transformation de l’Allemagne de pays industriel en pays agricole. Les capitaux américains trouveront ensuite un placement rentable au centre de l'Europe, qui aura besoin de refaire tout son équipement industriel. Ce projet à été rejeté par Roosevelt par des raisons très claires, la "désindustrialisation" de l’Allemagne crée trois dangers :
Elle favorise l’accroissement de la capacité industrielle de l’U.R.S.S. et de la France, c'est-à-dire des concurrents de l’industrie américaine sur le marché mondial ;
elle permet à ces pays de renforcer leur expansion en Europe même ;
elle approfondit d'un degré incalculable les dangers d'une explosion révolutionnaire au centre de l’Europe.
Et c’est précisément afin de s’assurer pas à pas, dans leur pénétration en Allemagne contre la révolution prolétarienne, que le "Alliés" forgent en Allemagne occupée un régime aussi barbare que celui de Hitler. Sous le prétexte que le peuple a besoin d’être "désintoxiqué", Eisenhower établit la dictature militaire, interdit tout "rassemblement" dépassant trois personnes (!), mais garde en service les formations des S.A. (partie des S.S.) et les Jeunesses hitlériennes soit parce qu’elles doivent assurer « l’ordre et le fonctionnement normal des services de l’État » . Les impérialistes anglo-américains, jettent ainsi le masque : en Allemagne occupée comme en Italie, les fascistes sont maintenus : en place, partout où cela est possible, pour être utilisé contre la classe ouvrière. Voilà la lutte de messieurs les impérialistes contre le "fascisme" !
Aussi cyniquement que les impérialistes américains, les marchands d’esclaves de la City s’apprêtent, eux aussi, à dépecer l’Allemagne. Déjà, depuis l’autre guerre, Lord Vansittart trouvait la paix de brigandage de Versailles comme trop douce et prônait un dépècement complet de l’Allemagne. Si les projets de Vansittart ne sont pas devenus les slogans officiels de l’impérialisme anglais, la faute n’est pas à Vansittart : elle est due à ce que l’Angleterre, prise entre le danger d’une Russie puissante et d'une France qui pratique l’équilibre entre la Grande-Bretagne et la Russie, ne sait plus à quel saint se vouer pour garder une position décisive sur le continent : avec la France, dans un "bloc occidental", – demain tourné contre l’U.R.S.S.,– ou éventuellement avec une Allemagne pas trop dépecée et ranimée, plus tard, instrument contre les prétentions trop grandes de la France ? En attendant, si l’Angleterre prône le "bloc occidental" avec la France et pratique envers le sort futur de l’Allemagne la politique "d’attendre et voir", pour l’immédiat elle s’apprête à s’assurer le "contrôle" des meilleurs morceaux de l’Allemagne. En effet, les impérialistes ont décidé d’occuper l’Allemagne, – et ils parlent « d'au moins pour dix ans » , comme si cela dépendait uniquement d’eux et non pas de la lutte révolutionnaire du prolétariat allemand, européen et mondial, – et de la partager en quatre morceaux : l’U.R.S.S. contrôlerait la Prusse orientale ; l'Amérique, le Sud ; la France, la Rhénanie ; et l’Angleterre, la Ruhr et le Nord.
La formule proposée pour être appliquée à l’Allemagne "occupée" est celle – quelle curieuse coïncidence ! – que les nazis et les impérialistes allemands ont appliquée en France : contrôle de l’industrie, réquisitions de la main-d'œuvre à laquelle s’ajouteraient –comme nous allons le voir plus loin – le transfert massif des populations et la déportation pure et simple. Voilà le régime de bagne qu’on promet à l'Allemagne de demain : après cela les charlatans hypocrites parleront de "libertés" et de "démocratie" grâce au victoires des impérialismes !
L'impérialisme français – que d'aucune déclaraient déjà mort et enterré en 1940, alors que la bourgeoisie française faisait suer sa défaite à ses 70 millions d’esclaves coloniaux, – plus avide et plus rapace que jamais, ne sait plus où placer sa frontière occidentale : sur le Rhin, "le fleuve français", comme dit le nouvel imposteur qu'on a coiffé du titre de ministre des Affaires Étrangères, Georges Bidault : en Rhénanie, que l’on "doit" occuper, comme dit le vieil imposteur Grumbach, plus loin peut être, comme disent les "communistes français", qui veulent une "France grande et forte". Et cette politique honteuse de rapine, de brigandage et d’esclavage, réplique fidèle de la barbarie de Hitler est baptisée ingénument par de Gaulle de politique "réaliste" !
Que les impérialismes jettent le masque en ce moment décisif et que la compétition à la curée de l’Allemagne ait pris un caractère forcené, rien d’étonnant. Mais que la bureaucratie de Staline montre à son tour toute sa putréfaction intérieure, tout son mépris cynique pour le principe non pas seulement du Socialisme mais même de la liberté et de la démocratie bourgeoises, voila qui ne va pas manquer d'ouvrir les yeux aux ouvriers communistes qui n'arrivent pas à comprendre comment de "tactique" en "tactique", l’une plus géniale que l’autre, on en arrive à être, d’une part, les excitateurs au chauvinisme le plus hystérique, – comme en France, – d'autre part, les prêcheurs d’un super-Versailles, plus meurtrier qu'en 1918 – alors que le léninisme s'est forgé en Europe et dans le monde sur la base même de la lutte contre le chauvinisme et contre Versailles. Le laquais de Staline pour les "sciences" économiques, Varga, a publié à Moscou un plan qui prévoit non seulement le dépècement de l’Allemagne, non seulement la désindustrialsation de ce pays et le transport de l’industrie en U.R.S.S., mais encore la déportation de 10 millions d'ouvriers allemands en Sibérie ! Les satrapes assyriens de Babylone n'ont pas pu concevoir de meilleur supplices, il y a quelque deux mille ans, pour "punir" les peuplades ennemies. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de peuplades, mais de la masse prolétarienne la plus importante d'Europe ; ce projet n’est pas conçu au nom de l'Assyrie, mais en celui de l’Union Soviétique. Certes, les satrapes ne savent trouver d’autre solution ni à Babylone ni au Kremlin, mais ceci ne suffit pas pour justifier la plus grande monstruosité que la bureaucratie stalinienne essaie de couvrir au nom de l’U.R.S.S. et de Lénine !
Staline parle du prolétariat européen en véritable négrier : l’U.R.S.S. occupera Varsovie ; en échange, Staline offre à Messieurs les banqueroutiers "démocrates" polonais une "bonne" frontière sur l’Oder et leur alloue la Saxe. Il "cède" la Rhénanie à l’impérialisme français, – qui se promet de rappeler aux Allemands les bienfaits d'une nouvelle organisation Todt, – et s’octroie pour les "réparations" dix millions de travailleurs allemands ! Ce projet barbare compromettrait à jamais le socialisme si aucune voix courageuse ne s’élève dans la classe ouvrière pour dénoncer le sinistre projet du "père des peuples" et de ses divers "fils du peuple" !
Après les articles à la Ilya Ehrenbourg, qui écrit sans honte « qu’il n’y a de bon que les Allemands qui sont morts » et qui insulte sans vergogne le prolétariat allemand, qui a donné un Karl Liebknecht, il n’y a rien d'étonnant que les vieux brigands à la Lord Citrine, chef des Trade Unions (syndicats anglais), ou des nouveaux gangsters américains à la Murphy, chef de la C.I.O. (syndicats), découvrant que « le peuple allemand est responsable des crimes de Hitler. »
Tous ces gens ont montré qu'il peuvent descendre dans la boue encore mieux que les social-patriotes de 1914.
Nous disons, en ce moment décisif, au prolétariat européen et mondial : sans la victoire de la révolution prolétarienne allemande, la victoire du prolétariat européen n’est pas possible et concevable. Pour aider le prolétariat allemand dans sa lutte contre Hitler, Il faut briser le mur de haine qu'on veut élever entre lui et le prolétariat européen. Pour aider la révolution prolétarienne allemande, il faut dénoncer impitoyablement les projets sanguinaires des impérialistes mondiaux, de charlatans "démocrates”, des traitres staliniens et des réformistes. Il faut rendre à l’internationalisme son véritable contenu : il faut fraterniser avec le protétariat allemand contre la dictature de Hitler aujourd’hui, contre la dictature de l’occupant "allié" demain.
Les contradictions de classe rongent et sapent les fondements du régime de Hitler, malgré le carcan de fer du fascisme : une explosion grandiose se prépare en Allemagne. Pour ouvrir une perspective de combat à la classe ouvrière, pour lui donner confiance dans la révolution, les socialistes et les "communistes" staliniens sont incapables et impuissants à le faire. Seule, la IV° Internationale lèvera en Allemagne aussi le drapeau de la révolution et se trouvera finalement à la tête des masses. Dès maintenant elle dit à la classe ouvrière : « Si vous voulez empêcher une nouvelle guerre impérialiste, si vous voulez préparer un monde meilleur, alors il faut, dès maintenant, inlassablement, inflexiblement, dénoncer la paix de vengeance des impérialistes et démasquer le rôle de l’occupation qu’ils préparent ».
À bas le super-Versailles de Roosevelt-Churchill-Staline !
Vive la révolution prolétarienne allemande !